Gilles Daveau, cuisinier, en pleine explication

Le Mouvement des Cuisines Nourricières, c’est quoi ?

Le concept des Cuisines Nourricières existe au travers de personnes, d’intervenants, de structures et d’associations qui ont évolué dans leurs pratiques, à partir de leur rencontre avec cette approche centrée sur les cuisines simples du quotidien, à la maison ou la cantine.

Par un regard et des initiatives différentes sur les questions de transitions agricoles, territoriales, socio-économiques, nutritionnelles, jardin-cuisine, etc. lorsqu’elles sont abordées en questionnant d’abord le sens de l’acte culinaire et à quoi il sert sur les lieux de vie.

Le Mouvement des Cuisines Nourricières (MCN) réunit une grande diversité d’acteurs, qui en font la richesse et l’originalité : cuisiniers, jardiniers, formateurs, restaurateurs, producteurs, animateurs sociaux, acteurs individuels ou associatifs. Ils sont tous engagés pour une alimentation durable. Et sur tous les types de cuisine, collective ou commerciale, et bien sûr dans les cuisines faites à la maison.

Ces acteurs se questionnent, et contribuent à faire exister le concept et le réseau à travers les chantiers qu’ils mènent localement dans le cadre de leurs activités. Les expériences menées enrichissent les autres.

Ils proposent des façons de cuisiner à la fois simples, nourrissantes, gourmandes, efficaces, peu coûteuses et rapides à mettre en œuvre, dans une convivialité partagée.

Des contributeurs en mouvement

Les contributeurs du MCN accompagnent, conduisent ou participent à des projets alimentaires au sein de structures ou de territoires. Ensemble, ils témoignent des expériences de terrain et de méthodes pour accompagner les collectivités, restaurateurs, associations et autres entités prêtes à engager des dynamiques de transition efficaces et transférables.

En définissant ce que signifie « bien nourrir » dans les contextes de vie des populations, ils aident à formaliser le Projet Alimentaire de Référence (PAR) qui leur correspond.

Ainsi, chacun apporte ses années d’expérience, ses expertises et sa passion pour faire évoluer les cuisines dans le sens d’une transition savoureuse et apaisée.

Le MCN, association 1901, est un lieu de convergence pour tous ceux qui veulent mettre en lumière ces cuisines ordinaires mais exigeantes, et faire reconnaître cette autre culture culinaire afin d’améliorer l’alimentation des populations.

Il constitue ainsi un espace pour recueillir les pratiques adaptées, s’appuyant notamment sur les principes des cuisines évolutives et alternatives.

Son intention est de construire un patrimoine commun d’intérêt général, partager des outils, des méthodes efficaces et évaluables.

La transmission des cuisines nourricières

Faire l’expérience de transformer des produits bruts, d’une façon très efficace et sans sophistication permet de déconstruire l’idée d’une cuisine chronophage, d’une qualité réservée aux privilégiés, d’une transition austère.

Cette expérience s’adresse à tous – producteurs, élus, responsables, cuisiniers, éducateurs, familles, particuliers – car tous sont des mangeurs de culture, attachés à leurs habitudes, mais tous sont impliqués dans une inévitable transition alimentaire qui demande une vision commune.

La sensibilisation tout public, comme l’initiation ou l’approfondissement aux cuisines évolutives et alternatives, sont des outils essentiels et un point focal pour les actions menées par les membres du MCN.

La transmission culinaire classique est basée sur le « comment » des recettes. La pédagogie des cuisines nourricières repose sur le « pourquoi » des modes opératoires, qui rend ceux/celles qui cuisinent autonomes et libres d’apporter leur propres solutions dans leur contexte de vie.

Accompagner vers l’alimentation durable

Les temps de sensibilisation aux cuisines nourricières permettent d’appréhender autrement l’évolution des approvisionnements, des menus, des repas quotidiens et toute l’organisation qu’ils supposent.

Dans les cantines… C’est une étape clé pour les collectivités, les établissement de santé, les familles … afin d’engager une réflexion sur leur rôle nourricier. Le pourcentage de bio ou les kilos de déchets n’ont de sens que s’ils s’inscrivent dans des projets formalisés. En définissant la place et le rôle de la préparation alimentaire pour les convives, les moyens mis en œuvre et le rôle de tous (cadres, cuisines, service, familles, environnement humain, convives), on crée les conditions des changements attendus dans des repas en transition.

Pour tous… c’est un temps essentiel d’inclusion sociale et de reconnexion au sol. Qu’il s’agisse d’éducation à l’environnement, à la santé, de jardins partagés, de projet alimentaire de territoire… la cuisine est le lieu qui donne sens au comestible et relie au vivant. Pour ne citer qu’eux, le Réseau Cocagne (100 jardins d’insertion – 120 000 paniers solidaires/an), les « Râteleurs » à Ste-Foy-La Grande (ateliers cuisine de rue) intègrent l’approche des cuisines nourricières pour accompagner les publics vulnérables.

Jardiniers prennent la pose avec grelinettesetautres outils

Changer le regard sur la transition alimentaire

La cuisine est la grande oubliée des réflexions sur la transition alimentaire. Elle est considérée comme la touche finale qui va mettre en scène et rendre plaisants les produits du système alimentaire, pourvu que ce soit bon, équilibré et que ça ne prenne pas trop de temps. C’est pourtant dans les cuisines que se détermine ce que nous mangeons réellement.

Notre système alimentaire, mis en place depuis 60 ans, produit en masse une alimentation auparavant réservée aux temps de fête : protéines animales à profusion (viandes, œufs, produits laitiers et de la mer) et gras en quantité, effacement quasi complet des légumineuses et partiel des légumes, omniprésence d’aliments peu qualitatifs mais flatteurs (sucre, produits raffinés, additifs et aliments ultra-transformés). Les conséquences sur la santé et la biodiversité sont connues. La transition alimentaire qui s’impose aujourd’hui vise à changer de système.

Pour le dire autrement, c’est « dimanche tous les jours en version bas de gamme », avec la culture culinaire qui va avec : la qualité et le plaisir se mesurent sur l’échelle du festif, du fun, de la distinction, de l’originalité différenciante et concurrentielle, avec un déluge de recettes à l’avenant.

Malgré toutes les actions menées pour des transitions sur le plan des sols, des productions, de l’accessibilité territoriale et économique, de la solidarité, des impacts écologiques, de la sensibilisation ou de l’éducation au goût… nous avons oublié de questionner notre culture culinaire, pensant qu’il suffirait de transmettre des recettes bio et végétariennes bien troussées pour que les gens accèdent à une qualité alimentaire durable, et participent à leur transition. Un peu comme si passer en agriculture bio se résumait à appliquer des recettes (ne pas traiter, mettre du fumier…) sans questionner le changement profond de posture et de culture, indispensable pour cultiver en lien avec le vivant.

Faute d’être prises en compte, les cuisines quotidiennes et la fonction nourricière sont aliénées à une masse d’injonctions « durables » peu impactantes. Un renversement de perspective s’impose.

Un mouvement en réseau

Le MCN figure les multiples liens tissés entre différents acteurs engagés dans la transition alimentaire en France. Comme le Réseau des Jardins de Cocagne, organisation d’insertion économique par le maraichage bio. Ou Le Loubatas (13), Au Maquis (84), le Viel Audon (07) et les Râteleurs (33), éco-lieux de formation à la cuisine, au jardin, la transition écologique. Ou encore l’incubateur culinaire Baluchon (59). Sans oublier bien sûr le très actif tiers-lieu alimentaire qu’est C’est bio l’Anjou à Rochefort-sur-Loire, et siège du MCN !

Une relation s’est aussi tissée avec la Ligue de l’Enseignement, la Cinéfabrique (69),  Terre & Humanisme (07), ou les CIVAM, lieux de formation. Avec Campus Fertile, qui oeuvre dans le Pays de Retz. Le MCN fait également partie de Travail & Transitions, plate-forme de formation pour transformer la société. Ce tissage en mouvement permet de toucher tous types de publics et développer des actions adaptées.

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